Oka-Amazonie, une forêt habitée : une rencontre intime et vivante avec les cultures amérindiennes

Pourquoi une exposition sur l’Amazonie, à Toulouse ?

Francis Duranthon, directeur du Muséum de Toulouse, conservateur en chef : Tout d’abord, l’Amazonie, poumon vert de la planète, point chaud de la biodiversité, cristallise toutes les inquiétudes liées au développement des activités humaines qui se font jour actuellement, avec l’érosion drastique qui affecte l’ensemble des espèces vivantes et la disparition des milieux naturels.
Il s’agit ensuite pour le Muséum de Toulouse de montrer tout le travail qu’il a engagé depuis de nombreuses années avec les cultures amazoniennes pour conserver et maintenir vivantes les pratiques traditionnelles de ces peuples qui participent de la diversité culturelle mondiale. Dans un monde qui se globalise, où la circulation des biens et des personnes est souvent la règle, les questions d’identité sont en effet, à tort ou à raison, le point de cristallisation de nombreux débats. Ces questions sont au coeur des problématiques que rencontrent les habitants de ces territoires. Comment s’inscrire dans une tradition séculaire et dans une modernité imposée ou souhaitée ? Comment conjuguer maintien des cultures traditionnelles et développement économique global ? Le territoire guyanais est la parfaite illustration de ces problématiques qui méritent d’être exposées, avec non seulement un point de vue occidental mais aussi en les regardant de l’autre côté du miroir, depuis le point de vue de ces peuples traditionnels.
C’est tout le sens de la programmation que propose le Muséum tout au long de cette année amazonienne en permettant aux visiteurs de partir à la rencontre de ces Français du bout du monde, qui parlent des langues que nous n’avons jamais entendues mais qui sont aussi les enfants de la République.
L’enjeu est de taille, son ambition peut apparaître démesurée : il s’agit de passer du « vivre avec » au « vivre ensemble »…

En quoi cette exposition bouscule-t-elle notre vision du Monde ?

Isabel Nottaris, directrice adjointe du Muséum de Toulouse : Les peuples amérindiens entretiennent avec leur environnement une véritable synergie. L’espace et les ressources qui se déploient sur leur territoire sont non seulement sacralisés, mais également souvent humanisés. Cette vision du monde vient nous bousculer profondément, car notre conception de la crise écologique demeure celle d’une nature séparée de nous.
À l’heure du péril écologique, la nature nous rappelle qu’elle a du pouvoir sur nous, sur notre devenir.
L’exposition « Oka Amazonie – Une forêt habitée » nous interroge : en quoi la connaissance des autres cultures peut-elle nous amener à déplacer notre point de vue ? Comment appréhender les conséquences de nos pratiques « par-delà la nature et la culture » ? Comment dépasser l’idée de réparation ou de préservation pour appréhender celle de « co-opération » ?
Tous ces questionnements sont posés subtilement, de manière à ne pas réduire la place du visiteur à celle de témoin des choses, mais bien à celle d’acteur d’une réalité qui l’interpelle et le concerne.
Ainsi, loin de présenter un inventaire de prétendues authentiques cultures régionales, l’exposition « Oka Amazonie – Une forêt habitée » se veut porteuse de connaissance et de
reconnaissance. C’est une rencontre intime et vivante, une véritable interface pour comprendre les constructions des cultures amérindiennes du Brésil et de la Guyane et l’invention continuelle et actuelle de ces traditions.

// L’exposition semi-permanente Oka-Amazonie, une forêt habitée, ouvre à partir du 23 avril 2019.
En savoir plus : Oka-amazonie.fr

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