Sciences et magies: deux visions d’une même humanité?

Les magies et sorcelleries : un phénomène de société qui prend de l’ampleur

Loin de disparaître, les magies ne cessent de se réinventer. Les pratiques magiques du monde entier font l’objet d’emprunts et de réappropriations. De nouvelles formes de chamanisme sont inventées, souvent en mixant des symboles et des pratiques de différentes origines. De nouveaux rituels sont organisés pour certaines étapes clés de la vie, tandis que les consultations de devins, d’astrologues et autres voyants rencontrent un succès toujours constant. La diabolisation de la sorcellerie au cours des siècles contribue par ailleurs à lui donner un nouveau sens, plus politique que magique ou thérapeutique. Les mouvements féministes, écologiques, écoféministes ou anarchistes récupèrent la figure du witch ou de la sorcière pour critiquer les normes du patriarcat et du capitalisme.
Dans un autre registre, films, dessins animés, séries, regorgent d’enchanteurs, de créatures fantastiques, de sorcières et d’apprentis sorciers. La pop culture contribue ainsi à publiciser les différentes formes de magie. De la même manière, la magie spectaculaire ne cesse de captiver les spectateurs en se diversifiant : mentalisme, magie nouvelle, close-up… Mais derrière la popularité des magies, notre époque reste aux prises avec les mêmes incertitudes fondamentales qu’autrefois. En politique, dans le sport, en amour ou en affaires, il n’est pas rare que des actions occultes soient recherchées, des spécialistes magico-rituels consultés.
Du moins le soupçon reste-t-il souvent présent et peut-être oscillons-nous toujours entre deux postures : décrypter le monde ou entretenir le mystère…

Mais pourquoi un tel sujet dans un établissement de culture scientifique ?

On oppose souvent les savoirs et les croyances. Pour Gaëlle Cap-Jedikian, cheffe de projet de l’exposition Magies-Sorcelleries, « Le Muséum aborde la question de la magie dans l’histoire et la construction des connaissances car la magie n’est pas si loin des sciences et convoque deux thématiques : le croire et le savoir. Elle soulève des questions quant à notre rapport à la vérité. Avec cette exposition, nous ne voulons pas opposer deux visions du monde, mais au contraire observer comment elles se confrontent et s’assemblent. Les sciences se nourrissent de la controverse, de la confrontation, de l’échange. Elles sont là pour poser des questions et parfois apporter des réponses, mais jamais de vérité figée. »
Francis Duranthon, directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse explique en effet que «  les savoirs scientifiques ne sont pas constitués en un corps de doctrine homogène, ils ne sont pas détachés de toute subjectivité. Et la pensée magique reste très présente dans nos sociétés cartésiennes. Nous oscillons sans cesse entre le croire et le savoir. L’exposition nous amène à éprouver cette lisière entre savoirs scientifiques et savoirs occultes et à découvrir les « magies savantes ».

L’exposition interroge finalement la place des sciences dans notre société

Au-delà de la question des rapports étroits qu’entretient la magie avec les sciences, notamment naturelles, l’exposition sonde notre relation profonde au savoir et à la connaissance. Face à des phénomènes observés mais pas toujours expliqués, « nous aspirons à savoir et nous demandons à la science ce qu’elle ne peut pas produire. » remarque Gaelle Cap-jedikian.«Le cas du contexte pandémique actuel constitue un réel exemple de notre besoin profond d’être rassuré par une forme de certitude, de vérité. Nous aspirons à maîtriser notre avenir, à combattre l’incertain. Lorsque les débats scientifiques témoignent de contradictions, voire d’oppositions, nombre d’entre-nous se tournent alors vers les croyances ou ce que certains appellent la «pensée magique», qui ont leur propre rationalité et qui rassurent ». Elle précise qu’«avec cette exposition, ce que nous mettons en lumière, c’est la connaissance de nos propres limites et notre humilité par rapport au Vivant. L’humanité aspire à un contrôle absolu de la Nature mais l’actualité met en lumière nos fragilités, nos doutes. Au fond, en réunissant sciences et magies, c’est notre besoin d’espérance que nous réhabilitons.»

Photo Pixabay/Lea Latulippe

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