Patrimoine de l’Île de Pâques, la collection Pascuane : témoignage d’une culture.

 

En 1981 déjà, l’idée d’organiser une exposition sur l’île de Pâques germait au Muséum de Toulouse qui eut alors l’opportunité d’acquérir quelques objets de la collection des héritiers de Pierre Loti.

Parmi la collection acquise figure le manuscrit inédit Rapa Nui. 23 feuillets qui relatent la découverte de l’île par l’aspirant de marine Julien Viaud (connu plus tard comme écrivain sous le nom de Pierre Loti). Deux croquis extrêmement précis représentant la cabine de la frégate La Flore sur laquelle il voyage, accompagnent ce récit précis et vivant. Le jeune homme de 22 ans acquiert également des objets représentatifs de l’île et particulièrement précieux à ses yeux puisque ce sont les seuls auxquels il avoue tenir sur son lit de mort, en 1923.

LA FIN D’UNE CULTURE                                                                        

Quand le futur Pierre Loti découvre l’île de Pâques en 1872, il est face à une civilisation en train de disparaître. La population a été déportée, décimée. Ses premiers contacts avec les Occidentaux ont apporté beaucoup de maladies ; en 1862, la moitié de la population est enlevée lors d’un raid esclavagiste ; nombre de Pascuans abandonnent leurs terres pour Tahiti.

AUTOUR DE LA COLLECTION PASCUANE DU MUSEUM

Quelques objets subsistent aujourd’hui. Disséminés dans le monde. Ils fascinent par leur beauté mais aussi parce qu’ils témoignent silencieusement de ce que fut cette civilisation pascuane.

Outre le manuscrit Rapa Nui, un pectoral reimiro, une pagaie cérémonielle Ao sont entrés dans les collections du Muséum en 1981. Ils figurent dans l’exposition « Île de Pâques, le nombril du monde ? » aux côtés d’une statuette kavakava que le Muséum de Toulouse possédait antérieurement. Chacun raconte à sa façon un brin de l’histoire tour à tour puissante et sombre de cette île.

"Ao" , la pagaie cérémonielle

Les ao, pagaies  cérémonielles, se présentent sous la forme de deux pales plates reliées par une hampe longue et étroite. La pale supérieure est décorée d’un visage aux yeux parfois incrustés d’os et d’obsidienne (roche volcanique vitreuse et riche en silice). Celle du futur Pierre Loti, unique en son genre, porta des yeux qui furent effacés. On en voit encore la trace. Elles étaient, selon Alfred Métraux (ethnologue ayant participé à la mission franco-belge Métraux-Lavachery de 1934 sur l’île de Pâques ), manipulées par des chefs militaires lors de danses guerrières exécutées devant le Roi (ariki mau).

Le " Reimiro " , ornement traditionnel

Les reimiro sont des ornements en forme de croissant portés sur la poitrine, suspendus au cou. Porté par le roi de l’île et ses dignitaires, le reimiro est aujourd’hui représenté sur le drapeau de Rapa Nui. Ajouter photo du drapeau (cf. Anne)

Au moment du passage de La Flore, plus personne n’arbore ce genre de parure, destinée aux membres d’une aristocratie disparue. Cet objet possède toutes les caractéristiques des reimiro : face inférieure (contre la poitrine) convexe, face supérieure concave et creusée d’une lunule transversale (rainure en forme de lune). Les extrémités sont décorées de queues de cétacé, de têtes de coqs ou de têtes d’homme.

La statuette " Moai Kavakava"

Tout un peuple de figurines habitait les maisons. Ces statuettes pouvaient représenter des femmes   au corps plat (moai papa), des hommes en ronde-bosse (moai tangata), des  hommes maigres, tordus et grimaçants aux côtes saillantes (moai kavakava) ou encore des chimères homme-lézard (moai tangata moko).

On ignore la fonction de ces objets qui possèdent des traces de manipulations répétées, de blessures, de brûlures et dont les pieds sont souvent endommagés par des simulacres de marche ou de danse.

Dès les premiers contacts avec les Occidentaux, les Rapanui comprennent comment leur plaire et le commerce de ces objets se met en place. De fait, les statuettes perdent peu à peu la richesse de leurs détails. Celle du Muséum en est un bel exemple. Il n’y avait plus de prêtres sculpteurs sur l’île de Pâques lors du passage de LaFlore et il semble que des Pascuans ont reproduit ces statuettes grossièrement et de mémoire.

Exposition Ile de Pâques, le nombril du monde ?  jusqu’au 30 juin 2019 

Voir aussi jusqu’au 4 novembre 2018 Les expositions du musée Champollion à Figeac, Les Bois parlants  et du musée Fenaille de Rodez, L’Ombre des dieux .

Article rédigé à partir de l’ouvrage Rapa Nuil‘île de Pâques de Pierre Loti paru en 2009 et toujours en vente à la boutique du Muséum de Toulouse.

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